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Matthew 26:64 is NOT a "Preterist Time Indicator" Pointing to AD70 "In short, the usage of "Apo Arti" in Matthew 26:64 [Apo ("from" - Strongs 575) and Arti ("now on" - Strong's 737)] is highly suggestive of the themes that have been previously offered at this blog ; that is, a series of revelatory recognitions of the power and glory of Jesus Christ's dominance by friend and foe alike. Though the typically pret-friendly Weymouth translation would like to make Jesus say "later on, you will see.." this is not really honest. I would rather say that it was simply a mistake, but I find it impossible to believe that neither Richard Francis Weymouth ("If this belief ever obtains general acceptance the earlier date of the Apocalypse will also be regarded as fully established. For it will then be seen that the book describes beforehand events which took place in 70 A.D.") nor Earnest Hampden-Cook (co-editor and author of "The Christ Has Come") were aware of how important (ironically) a futurist spin on this passage is to uphold their Preterist assumptions. However, not only is there no sense of futurity in this very emphatic Greek phrase, but rather we see quite the opposite.
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"See a remarkable note of Diodati on that passage in Hebrews ; "Thou, Lord, hast laid the foundation of the earth." The sense of this place, as it is here alleged, is no other but that the kingdom of Christ which is manifestly spoken of in that passage, Psalm cii. 26, is eternal, and not perishable like the state of the world. Observe how peremptorily he excludes every other sense." (Collection of Essays, p. 141) "(Holy Spirit) By a signification, which approaches very near to the preceding, it is also taken for the spirit of man, but then it is a spirit that is enlightened, sanctified, renewed, and endowed with gifts both ordinary and extraordinary ; such, in a word, as the spirit of the Apostles became in the day of Pentecost. This is that spirit, that Jesus Christ had promised them a little before his death ; not that, properly speaking, it was not the same spirit which they had before ; but one may say, that they then received a new spirit, by the sudden and surprising revolution, which was made in their persons. A spirit of consolation, of force, and of courage, instead of that timid and dejected spirit, which they discovered at the appearance of the least danger. A spirit, which was to recall to them every thing that Jesus Christ had said to them, while before they were but little attentive to the discourse of their master. A spirit of truth, which was to lead them into all the truths, in opposition to the errors and prejudices with which their minds were filled. A spirit, which would no longer speak its own private conceptions, but faithfully declare every thing it had learned, very different from that rash spirit which hazarded it opinions too lightly, and often apprehended for truth, what had only the appearance of it ; in fane, a meek, charitable, moderate spirit, in opposition to that spirit, with which they were animated when they wanted to make fire descend from heaven to destroy the unbelieving Samaritans." (p. 144-5) Discours historique sur l’ApocalypseIl ne faut pas
s’imaginer que le Canon de l’Écriture, tel que nous l’avons
aujourd’hui, se soit formé tout d’un coup dès les temps des apôtres.
Les Évangiles furent, sans doute, les premiers livres qui vinrent à
la connaissance des chrétiens. Ensuite parurent les Épîtres, les
unes plus tôt, les autres plus tard. Les Églises particulières à qui
elle avaient été écrites, se les communiquaient les unes aux autres ;
les Romains aux Corinthiens, les Corinthiens aux Romains ; et ainsi
de chaque Épître, à mesure que le commerce s’étendait entre les
chrétiens. On ne voit paraître ni Conciles, ni Pape,
ni autorité souveraine qui ait fixé le Canon des Écritures. C’a
été l’ouvrage du temps : aujourd’hui on ajoutait un livre, puis un
autre ; et cela se faisait, dit M. Basnage [1],
par quelques particuliers qui trouvant un Écrit utile à la piété, le
produisaient à leur Église ; et même, ajoute-t-il, ils se donnaient
là-dessus une si grande liberté, qu’ils comptaient entre les livres
Canoniques des écrits manifestement supposés.. Les
Églises se partageaient en opinions différentes comme les
particuliers. Les unes rejetaient un livre pendant que les
autres le recevaient. On contestait, on examinait, avant que
d’admettre. La seconde lettre de S. Pierre n’était pas d’abord dans
le canon. Plusieurs personnes, dit Eusèbe [2]
, la jugèrent utile, et l’on commença de la lire avec soin. Il
assure la même [3]
chose des lettres de S. Jacques et de S. Jude. Un très petit nombre
d’anciens en avait parlé comme de deux écrits divins ; quelques
Églises se déterminèrent à les lire ; le doute dura longtemps, et
enfin il fut aboli. Saint Jérôme [4]
dit aussi de la lettre de S. Jacques qu’elle avait acquis son
autorité peu à peu par la suite des temps. L’Épître aux Hébreux, la
deuxième et la troisième de S. Jean ne sont devenues catholiques que
par la même voie. C’est ainsi que le canon de l’Écriture se
perfectionnait insensiblement, et cela paraîtra dans un plus grand
jour, par l’histoire que nous allons faire de l’Apocalypse et des
contradictions qu’elle a souffertes pendant l’espace de plusieurs
siècles. De tous les
auteurs qui sont venus immédiatement après les Apôtres, il ne nous
est resté que la Première Épître de S. Clément de Rome, avec un
fragment de la seconde Épître attribuée à S. Barnabé, et qui est
d’un écrivain fort ancien : le livre d’Hermas [le Pasteur], les sept
lettres qui portent le nom d’Ignace, avec celle de Polycarpe. Dans tous ces
écrits on ne voit aucune trace de l’Apocalypse. Il est vrai qu’on ne
peut rien conclure de leur silence contre ce livre en particulier,
puisqu’ils ne parlent pas non plus des quatre Évangélistes, ni de la
plupart des livres du Nouveau Testament. Le faux
Prochore qui se dit disciple des Apôtres, en faisait bien davantage :
et voici ce qu’il raconte dans la vie de S. Jean [5].
Cet Apôtre [ayant] apprit aux chrétiens d’Éphèse qu’il avait eu une
révélation de Jésus Christ, ils le prièrent de la mettre par écrit.
L’Apôtre dicta son Évangile à Prochore, au milieu des éclairs, des
tonnerres et des tremblements de terre. Ensuite il écrivit
l’Apocalypse de sa propre main, comme s’il en eût fait plus de cas
que de son Évangile. Mais le prétendu Prochore qui se met ici parmi
les Auteurs était du nombre de ces honnêtes chrétiens qui se
jouaient de la crédulité du public, et qui se parant d’un grand zèle
pour la religion, ne cachaient pas même leur jeu sous le masque
d’une probité païenne. Son livre eût plein de fables et d’absurdités :
les termes d’hypostase, de consubstantiel et autres, marquent assez
le temps où il a été fabriqué. Après la mort
des Apôtres [6]
parut Cérinthe, homme fort entêté du règne temporel de mille ans ;
c’était une opinion qui venait originairement des Juifs et qu’il
répandait parmi les chrétiens. Il s’appuyait sur
l’Apocalypse qu’il soutenait être une production de S. Jean. Mais
quelque raison qu’il eût de parler ainsi, plusieurs orthodoxes ne
laissèrent pas de le soupçonner d’en être lui-même le père, parce
qu’il leur semblait que cet ouvrage favorisait le règne de mille ans
comme nous le verrons dans la suite. Cependant,
d’autres hérétiques, Cerdon et Marcion, au rapport de Tertullien [7],
et même les Alogiens, selon S. Épiphane, s’élevèrent contre
l’Apocalypse qu’ils voulaient ôter à S. Jean, parce que,
disaient-ils entre autres raisons, du temps de cet Apôtre, il n’y
avait point encore d’Église chrétienne à Thyatire, ce que S.
Épiphane ne craint point de leur accorder, et il suppose que
lorsque S. Jean écrit à l’Église de Thyatire, il en parle, non comme
si elle existait alors, mais par un esprit de prophétie. Voilà donc au sujet de l’Apocalypse hérétiques contre hérétiques, pendant que les orthodoxes se tenaient encore à l’écart, du moins ignore-t-on parfaitement de quelle manière ils envisageaient cette dispute. Justin Martyr, qui écrivait vers l’an 170 de Jésus Christ, est le premier de nos docteurs qui ait fait mention de l’Apocalypse, et ce qu’il y a de remarquable, c’est qu’il l’attribue à l’Apôtre S. Jean. Dans son Dialogue avec Tryphon, ce Juif lui demande s’il ne croit pas que Jérusalem doive être rétablie un jour ? Justin répond que pour lui il le croit ainsi, avec tous les chrétiens qui pensent juste. Et là-dessus il dit : il y a eu parmi nous un certain personnage nommé Jean, l’un des Douze Apôtres de Jésus Christ. Il a prédit dans son Apocalypse que les fidèles passeront mille ans dans Jérusalem. C’est la seule fois que Justin cite l’Apocalypse dans ses ouvrages ; et il l’a cité pour prouver le règne de mille ans. Il ne paraît
point par les termes de ce docteur qu’elle fût alors reçue de toutes
les Églises. Il semble ne proposer ici que son avis particulier, ou
tout au plus l’avis de ces chrétiens qui pensaient juste,
c’est-à-dire, qui croyaient le règne de mille ans. Mais on ne
saurait douter qu’il ne citât de son chef un faux Évangile,
lorsqu’il dit dans ce même dialogue avec Tryphon, que Jésus Christ
descendant dans le jourdain le feu s’y alluma ; et qu’on entendit
cette voix du ciel : tu es mon fils. Je t’ai aujourd’hui engendré.
Il assure que les Apôtres ont écrit ces choses, qui ne se trouvaient
pourtant que dans l’Évangile des Ebionites [8].
Ce n’est pas
qu’il ne se donnât de la peine pour s’informer de la vérité des
faits. Il avait beaucoup voyagé, non pas en homme du commun, mais
comme un antiquaire curieux. Nous lui devons le trépied de la
vieille Sybille de Cumes, les trois grandes et belles cuves où elle
se lavait, le sépulcre où reposaient ses reliques, les livres où
elle parlait de Jésus Christ nouveaux sujets de raillerie pour les
païens qui traitaient les chrétiens de Sybillites ; mais à qui
Justin ne laisse pas de faire cette grave exhortation : O Grecs,
croyez à l’ancienne et vénérable Sybille dont les livres courent le
monde, et qui a été inspirée d’une manière toute particulière et
extraordinaire par le Dieu tout-puissant [9].
Il s’était assuré par lui-même de l’histoire des soixante-dix
interprètes, et de leur divine version faite au temps du roi
Hérode ; des soixante-dix cellules où ils avaient travaillé chacun à
part, et de leur merveilleuse conformité jusqu’au moindre terme ;
toutes circonstances que S. Jérôme traite de fables, mais sur
lesquelles notre docteur insiste en faveur de la religion : Ne vous
imaginez pas, ô Grecs ! que ce que nous disons soit une histoire
faite à plaisir ; nous avons vu nous-mêmes dans le Phare
d’Alexandrie, les vestiges de ces petites maisons [10].
Et n’était-ce pas là une preuve que les soixante-dix qu’on y avait
enfermés étaient véritablement inspirés ? La statue dressée par les
Romains à Simon le Magicien avec l’inscription [11]
qui le met au rang des Dieux, quoiqu’au jugement de nos antiquaires
qui l’ont vue, Justin ait mal lu Simon, au lieu de Semo Sancus, Dieu
des Sabins ; c’est encore le fruit de ses recherches dignes d’un
philosophe tel que lui. Et ce n’est là qu’un échantillon de ce qu’il
aurait fait s’il les eût tournées du côté de l’Apocalypse. Irénée [12]
qui vient après, la cite souvent sous le nom de Jean disciple du
Seigneur. Il était d’un autre caractère que Justin, et la force du
témoignage dépend fort de la qualité du témoin. Justin se portait
sur les lieux, il voulait voir les choses par lui-même quoiqu’il eût
la vue assez mauvaise : Irénée au contraire ne
voyait que par les yeux d’autrui, il ne donnait guère pour garant
que la tradition, ou le témoignage d’un certain vieillard qu’on ne
connait point, et à qui le grand âge avait sans doute affaibli la
mémoire ; autrement il n’aurait pas dit entre autres fables que
Jésus Christ était mort à l’âge de 50 ans, afin de passer par tous
les âges et de les sanctifier. Quoiqu’il en soit Irénée n’a pas
manqué de faire valoir l’Apocalypse sur la fin de son cinquième
livre où il s’efforce d’établir le règne de mille ans. Et dans ce
même endroit il se fonde aussi sur la prophétie de Baruch, comme sur
un livre de l’Écriture sainte. Cette approbation qu’il donne à
l’Apocalypse serait sans doute d’un plus grand poids s’il
n’accordait pas la même autorité à des livres apocryphes. L’Écriture
a prononcé, dit-il, Scriptura pronunciavit, etc [13]
. Et puis il se trouve que cette écriture par excellence n’est qu’un
passage d’Hermas, livre cité comme Canonique par les anciens, et
même du premier coup d’œil, assez semblable à l’Apocalypse, si ce
n’est que l’un commence par la morale et finit par les visions, au
lieu que l’autre commence par les visions et finit par la morale.
D’ailleurs on ne voit point dans Irénée que
l’Apocalypse fût reçue de tous les chrétiens de son temps : ce ne
sont que de simples allégations de passages, sans nous dire d’où il
savait qu’elle eût été composée par S. Jean, ni même ce qu’en
pensait son vieillard qu’il fait venir souvent et pour des choses
moins importantes. Mais on jugera de ce qu’il a été capable de
faire là-dessus par la manière dont il s’y est pris pour s’assurer
de la vérité des quatre Évangiles.
Vous croiriez qu’il a parcouru les Églises, consulté
les archives, vérifié les originaux. La discussion eût été trop
longue ; voici ce qu’il appelle par modestie une démonstration,
car elle en renferme plusieurs [14].
Il y a quatre parties du monde et quatre vents cardinaux : il y a
donc quatre Évangiles dans l’Église, comme quatre colonnes qui la
soutiennent, et quatre souffles de vie qui la rendent immortelle.
Les quatre animaux d’Ézéchiel marquent les quatre états du fils de
Dieu. Le lion c’est la dignité Royale ; le veau son sacerdoce ;
l’animal au visage d’homme la nature humaine ; et l’aigle son esprit
qui descendit sur son Église. A ces quatre animaux répondent quatre
Évangiles sur lesquels le Seigneur est comme assis. Jean qui
enseigne son origine céleste, c’est le lion. Évangile plein de
confiance. Luc, qui commence par la sacrification de Zacharie, c’est
le veau. Matthieu qui décrit la généalogie de Jésus Christ selon la
chair, voilà l’animal qui ressemble à l’homme. Marc qui commence par
l’Esprit prophétique venant d’en haut, c’est-à-dire par un passage
du prophète Ésaïe, voilà l’aigle : et c’est l’Évangile le plus court
de tous, parce que la brièveté est le caractère de la prophétie.
Autre preuve des quatre Évangiles : il y a eu quatre alliance, la
première sous Adam, la deuxième sous Noé, la troisième sous Moïse,
la quatrième sous Jésus Christ d’où S. Irénée
conclut selon les règles de la logique que ceux là sont vains,
ignorants, téméraires qui reçoivent plus ou moins que quatre
Évangiles. Cependant les Modernes estiment beaucoup le témoignage de ce Père. Il avait vu, disent-ils, Papias et Polycarpe disciples de S. Jean, et par leur canal la vérité pouvait aisément couler jusqu’à lui. Mais il y a plus de chemin qu’on ne pense avant que de faire passer l’Apocalypse dans les mains d’Irénée. Papias était mort avant Polycarpe ; et Irénée parle du dernier, comme d’une personne fort ancienne, qu’à peine il avait pu voir dans sa jeunesse. Aussi n’allègue-t-il jamais leur conversation, mais seulement leurs écrits, et dans ces écrits il n’était point fait mention de l’Apocalypse. En second lieu, Polycarpe [15] souffrit le martyre l’an 167 de Jésus Christ. Donnez-lui alors 86 ans, ce qui est déjà un trop grand âge, puisqu’en 158, il avait fait un voyage à Rome, d’où il était ensuite retourné en Asie, il n’aurait été qu’un enfant au temps de S. Jean, quand même on supposerait pour certain ce qu’on nous raconte de l’extrême vieillesse de cet Apôtre. Ainsi, ni lui, ni Papias, n’ont presque rien pu savoir de S. Jean que par la tradition des personnes plus âgées qu’eux. Mais sans
entrer dans tout ce calcul, écoutons Papias lui-même qui était un
peu plus vieux que Polycarpe : Quand je rencontrais quelque disciple
des anciens, je m’informais avec soin de leurs discours : je lui
demandais ce qu’avait dit André, Pierre, Philippe, Thomas, Jacques,
Jean, Matthieu ou quelques autres disciples de Jésus Christ, car je
trouvais la lecture des livres moins utile que ces instructions de
vive voix [16].
Papias nous montre la source où il puisait, il ne
dit pas qu’il eût conversé avec S. Jean : assurément il s’en serait
fait honneur pour donner plus de crédit à ses recueils ; il dit
seulement qu’il interrogeait ceux qui avaient vu S. Jean ou quelque
autre Apôtre. Il se qualifiait lui-même disciple de Jean
surnommé le Prêtre qu’il ne faut pas confondre avec l’Évangéliste,
et à qui quelques anciens ont attribué l’Apocalypse. Ces réflexions
ne sont pas de moi mais d’Eusèbe qui avait lu les écrits de Papias :
et ce n’est pas faire tort à S. Jean que de lui ôter un élève que
cet historien traite de petit génie, d’homme crédule, qui se livrait
à toutes sortes de récits, et qui faisait dire aux Apôtres ce qu’ils
n’avaient jamais pensé. Avant Irénée
j’aurais dû nommer Méliton, parmi les œuvres duquel il y avait un
traité intitulé du Diatribe de l’Apocalypse, à ce que dit Eusèbe [17] :
comme l’ouvrage s’est perdu, on n’en sait pas davantage, ni s’il y
était parlé de l’Apocalypse en bien ou en mal. Elle a été en effet
attaquée dans des livres faits exprès par des anciens que cite Denys
d’Alexandrie sans les nommer. Peut-être que Méliton était de ce
nombre, peut-être aussi n’en était-il pas. Il n’en est
pas de même d’Apollonius et de Théophile d’Antioche. Eusèbe [18]
nous apprend que le premier s’était servi de l’Apocalypse dans son
traité contre les Montanistes. Et parmi les œuvres du second il y a,
dit le même Eusèbe [19],
un livre contre l’hérésie d’Hermogène où il emploie des preuves
tirées de la révélation de Jean. Si ces livres n’étaient pas perdus,
on y verrait de quelle manière ils citaient l’Apocalypse contre
leurs adversaires ; et s’ils l’attribuaient à S. Jean
l’Évangéliste : les premiers Pères, dit M. Simon [20],
suivent quelquefois la méthode des Rhéteurs qui emploient souvent
des raisons purement apparentes, et des actes douteux sur lesquels
il ne faut pas toujours se régler. C’est de quoi les loue Saint
Jérôme bien loin de leur en faire un crime [21].
La dispute, dit-il, n’a point de loi. Il faut
proposer à son adversaire tantôt ceci tantôt cela, et argumenter
comme on peut : dire une chose et faire le contraire : faire
semblant d’offrir du pain, et cependant tenir une pierre. Il avoue
que c’était sa méthode aussi bien que celle des Anciens. Voyez leur
manière de disputer, ajoute-t-il, quels tours de souplesse ne
font-ils point pour rompre les trames du Démon ? Ils ont dit, non ce
qu’ils pensaient, mais ce que la nécessité leur faisait dire. De là
sont venues ces fréquentes distinctions entre parler selon la vérité
et parler par économie. De là tant de citations de pièces apocryphes
et autres petites supercheries qu’on nomme aujourd’hui pieuses par
un reste d’honnêteté. Et pour
revenir à Théophile, comment aurait-il fait difficulté d’alléguer à
des hérétiques l’Apocalypse ? lui qui cite [22]
contre les païens les vers de la Sybille comme de véritables
prophéties où les actions des Empereurs sont rapportées
hsitoriquement, où il est parlé en termes clairs du Christ, de
l’Antéchrist, du nom de Jésus qui fait 888, du nombre de Rome,
savoir 948, de la seconde ruine de Jérusalem, de la destruction de
Rome, de la résurrection, du règne de mille ans, du feu de l’Enfer,
et autres productions de l’Apocalypse. Il est vrai que Théophile et
les autres Pères ont fait valoir ces armes avec un air de confiance
qui semble plutôt répondre de leur bonne foi que de leur jugement.
Justin lui-même s’y était laissé surprendre lorsqu’elles sortaient
tout récemment de la forge de l’imposteur qui les avait fabriquées,
et qui selon toutes les apparences était quelque chrétien
Montaniste. S. Clément
d’Alexandrie [23]
qui termine le second siècle rend aussi témoignage à l’Apocalypse.
Pour montrer que le chrétien ne doit pas reluire d’or ni de parure
bigarrée, il allègue cette vision où l’on donna des robes blanches
aux martyrs. Il ne dit
nulle part que le livre soit de l’apôtre S. Jean, mais en récompense
il nous apprend [24]
qu’il y avait une Apocalypse de S. Pierre.
L’Écriture nous enseigne, c’est Clément qui parle, que les enfants
exposés sont sous la tutelle d’un ange gardien ; ils vivront,
dit-elle, jusqu’à cent ans. Et S. Pierre dans son Apocalypse dit, il
sortit de ces enfants un éclair qui frappa les yeux des femmes.
Cette Apocalypse de S.
Pierre, qu’au rapport de Sozomène on lisait dans les Églises de la
Palestine, était si fort estimée de Clément, que non seulement il
lui donna place parmi les Prophéties choisies, il l’expliquait
encore dans ses instructions comme un livre sacré. Il appelle
Écriture divine, la Prophétie de Baruch, chose divine, ce que l’ange
avait révélé à Hermas, Écriture par excellence, le livre de Tobie :
il tire ses autorités de la Sapience de Salomon, de
l’Ecclésiastique, des Épîtres de Clément de Rome, et de Barnabé
qu’il allègue comme des livres Canoniques. Il cite de la même
manière la
prédication
de S. Pierre, les voyages de S. Paul, l’Évangile selon les Hébreux,
l’Évangile selon les Égyptiens, les traditions de Mathias
d’Hidaspe ; et que ne cite-t-il point ? Un homme qui avait tant lu,
ne pouvait-il pas tomber sur l’Apocalypse ?
Je ne sais où il avait vu que S. Paul exhortait le monde à lire les
livres sybillins. Enfin, dit le Père Simon, il
mettait tout en usage contre les païens, et se souciait peu que les
livres qu’il leur opposait fussent vrais ou faux pourvu qu’ils
fussent conformes à ses sentiments. C’était pourtant, au
jugement de S. Jérôme, le plus savant homme qu’il y ait jamais eu
parmi les chrétiens. Je ne crois pas ces remarques inutiles dès
qu’on veut apprécier au juste le témoignage des Pères. Mais de tous
les anciens docteurs, Tertullien est le plus formel ; et comme il
était zélé partisan des Chiliastes qu’il avait défendus dans un
livre exprès, aussi s’est-il plus souvent expliqué en faveur de
l’Apocalypse qu’il attribue à S. Jean l’Évangéliste ; et sur
laquelle il appuie même des opinions où il ne faudrait pas moins
qu’une telle autorité. Voulant prouver [25],
par exemple, que l’âme est corporelle et qu’elle tombe sous les
sens, il allégue ce passage de l’Apocalypse. Je vis sous l’autel les
âmes de ceux qui avaient été mis à mort pour la parole de Dieu. Ailleurs il veut faire voir aux Marcionites que l’Évangile selon S. Jean n’avait point été corrompu, et il en appelle aux Églises dont la doctrine était conforme à ce même Évangile. Habemus & Joannis alumnas ecclesias ; nam & si apocalypsim ejus respuit Marcion, ordo tamen Episcoporum ad originem recensus, in Johannem stabit autorem ; c’est-à-dire, nous avons aussi les Églises qui ont été formées par S. Jean. Car quoique Marcion rejette son Apocalypse, cependant la succession des Évêques en remontant jusqu’à la source, prouve que S. Jean en est l’auteur. Il est vrai que ces derniers mots sont équivoques, et qu’on ne sait si cette succession d’Évêques tend à faire reconnaître S. Jean ou pour l’auteur de l’Apocalypse ou bien pour l’auteur et comme le premier Évêque des Églises d’Asie, ce qui convient mieux au but de Tertullien. La question entre les Marcionites et lui n’était pas de savoir si l’Apocalypse était de S. Jean, mais si l’Évangile de S. Jean dont les Églises d’Asie se servaient était authentique et nullement altéré. Le témoignage de ces Églises devait être de quelque autorité : elles avaient été formées et élevées dans la doctrine de S. Jean, et pour s’en convaincre il suffisait d’avoir lu les premiers chapitres de l’Apocalypse. Mais comme les Marcionites rejettaient ce livre, Tertullien les ramène à la suite des Évêques qui se disaient en effet les successeurs de S. Jean et qui le reconnaissaient pour être l’auteur et le fondateur de leurs Églises. Quoiqu’il en
soit, toujours est-il certain par les paroles même de ce docteur,
que bien loin de rejetter l’Apocalypse, à l’exemple des Marcionites,
il la regardait comme l’ouvrage de S. Jean le fondateur des sept
Églises d’Asie. Quiconque en doute n’a qu’à lire cet autre passage
du même auteur sur la nouvelle Jérusalem qui est décrite dans le
vingt et unième chapitre de l’Apocalypse : Nous reconnaissons que
nous avons un règne promis sur la terre ...... savoir la
résurrection pour mille ans dans la ville de Jérusalem faite de la
main de Dieu et descendue du ciel ...... Ézéchiel la
connaissait, l’Apôtre Jean l’a vue, et les nouvelles prophéties
auxquelles nous croyons en ont même représenté le plan avant qu’elle
fût construite pour servir de signe quand elle paraîtrait. Enfin ce
signe a paru depuis peu dans une découverte faite en orient, et les
païens même en sont témoins, que l’on a vu en Judée pendant quarante
jours au matin une ville suspendue en l’air, dont les murs
diminuaient à mesure que le jour augmentait et qui disparut enfin [26].
Ces paroles n’ont pas besoin de commentaire, si ce
n’est que les nouvelles prophéties que Tertullien met ici à côté de
l’Apocalypse étaient les révélations de Prisque et de Maximille,
deux femmes qui faisaient les prophéties. La ville suspendue en
l’air dont les païens mêmes avaient été témoins, et qui ressemblait
à la Jérusalem de l’Apocalypse est un événement fort singulier qui
prouverait d’un seul coup la divinité de ce livre. Il est fâcheux
que le phénomène vint à se dissiper dès la pointe du jour, et à
mesure que les spectateurs commençaient à voir plus clair.
On ne saurait nier que ce Docteur n’eût trop de
penchant pour les visions. Celles d’Hermas devaient être fort de son
goût, aussi les cite-t-il comme un livre de l’Écriture sainte ; et
il se plaint que les Juifs avaient retranché de leur canon la
Prophétie d’Énoch, et plusieurs pièces de cette nature. Origène dans
sa préface sur l’évangile de S. Jean et dans la septième Homélie sur
Josué fait mention de l’Apocalypse sous le nom de l’Apôtre S. Jean.
Et dans ses commentaires sur S. Matthieu il nomme les oracles de
l’Apocalypse. C’est dommage qu’il ait adopté et comme pris sous sa
protection les oracles de la Sybille dans ses livres contre Celse,
où il devait être plus exact et plus circonspect que dans ses
Commentaires et dans de simples Homélies. Sa bonne foi va même
jusqu’à sommer ce païen de rapporter des exemplaires anciens des
livres sybillins, où ce que les chrétiens citaient ne se trouvât
point. Celse n’avait garde d’en produire, car il n’y en avait
point : mais il lui eût été facile de faire voir la fausseté de ces
faux oracles. Et pour nous mieux assurer de
l’exactitude d’Origène à discerner les véritables Écritures (car
avant que de croire un témoin il faut le connaître), il estimait si
fort les visions d’Hermas, que non seulement il les croyait très
utiles, il les appelle même une Écriture inspirée de Dieu. En a-t-il
jamais dit autant de l’Apocalypse ? Et pourquoi ne l’aurait-il
pas reconnu sur la foi du titre pour une production de S. Jean ?
Il ne doutait pas que l’Épître qui porte le nom de
S. Barnabé ne fût véritablement de lui, ni que le livre de la
sagesse ne fût du roi Salomon. Il a bien cité l’Apocalypse d’Élie,
et l’Apocalypse de S. Paul ; il dit même que cet Apôtre a inséré
dans ses Épîtres diverses sentences de l’Apocalypse d’Élie. A ces
deux Apocalypses joignez celle de S. Pierre, canonifiée par Clément
d’Alexandrie ; voilà déjà trois Apocalypses
bien comptées. Celle de S. Jean qui fera la quatrième
pouvait-elle échapper aux recherches du savant Origène ?
Il met expressément la Prophétie de Baruch au rang
des livres Canoniques. Il allègue l’Évangile selon les Hébreux, le
livre des Douze Apôtres, la Doctrine de S. Pierre, les Actes de S.
Paul, la dispute de Joseph et de Jacob qu’il cite même avec éloge,
le livre de Jannes et de Mambres, et autres semblables pièces d’où
il a coutume d’emprunter ses autorités, méthode qu’il avait apprise
de son maître Clément, assez commune aux docteurs des premiers
siècles. Il attribuait à Daniel l’Histoire de Susanne qu’il a
défendue dans un livre exprès. La postérité lui aurait eu plus
d’obligation s’il eût employé sa critique à prouver que l’Apocalypse
est bien de S. Jean, quand même il n’eût fait que nous dire si elle
était reçue de tous les chrétiens de son temps ; car
citer un livre n’est pas le déclarer Canonique. S. Jude allègue la
Prophétie d’Énoch, et même l’Assomption de Moïse où il était parlé
du combat de Michel l’Archange avec le diable : deux livres qui
n’étaient pourtant pas dans le Catalogue des Juifs. Origène et les
autres Pères ont pu se servir de l’Apocalypse quoiqu’elle ne fût pas
encore dans le Canon. L’autorité de
S. Hippolyte ami de ce docteur serait plus considérable. Le Père de
Combesis a publié de lui un petit écrit sur les douze apôtres.
L’article qui concerne S. Jean est tel : Jean fut relégué par
Domitien dans l’île de Patmos où il écrivit son Évangile et où il
eut la vision de l’Apocalypse. Il s’endormit sous Trajan à Éphèse,
on chercha ses reliques et on ne les trouva point. Ce n’est point
ici un Rhétoricien qui cite l’Apocalypse en passant, comme font les
Pères que nous venons d’entendre ; c’est un historien qui s’informe
et qui rapporte les faits. Mais franchement j’ai
peine à croire que l’écrit soit de S. Hippolyte, quoiqu’il ne
consiste qu’en douze articles très courts, il ne laisse pas de
contenir autant de petites fables. Ce n’est pourtant pas la
raison qui m’empêcherait de le donner à S. Hippolyte. Tout le monde
sait, dit M. Dupin [27],
sur une autre matière, que les livres des premiers
chrétiens sont pleins de fables, que les Pères s’appliquaient tout
entier à des choses de plus grande conséquence pour lors, qu’ils se
fiaient à plusieurs actes des Apôtres et à quantité d’autres
monuments certainement supposés. Le Père Combesis voit dans ces
paroles, on chercha les reliques de Jean et on ne les trouva point,
ou du moins il croit voir le véritable esprit de S. Hippolyte qui
était dans cette pensée que S. Jean n’était point mort. Pour moi,
avec la permission de ce grand critique, il me semble d’y voir le
génie d’un auteur qui n’a vécu pour le plutôt qu’au quatrième
siècle, où on commençait à chercher les reliques et à déterrer les
corps saints. S. Hippolyte, à ce que dit Eusèbe, avait fait un traité de l’Apocalypse, c’est tout ce qu’on en sait. Mais nous avons de lui une Homélie contre Noët où il parle ainsi : Celui qui a dit, au commencement était la parole, a dit dans son Apocalypse ...... Son nom est la parole de Dieu. On ne saurait dire en termes plus clairs que l’Apocalypse est de S. Jean l’Évangéliste. Il est vrai que dans cette même Homélie, il appelle Écriture par excellence la prétendue prophétie de Baruch. Et à propos d’Homélies, puisqu’elles viennent déjà pour la seconde fois, il est bon de savoir ce que c’est, et de quelle manière les Pères se mettaient en frais pour le peuple. S. Jérôme avait un jour consulté son maître S. Grégoire de Naziance, homme grave jusqu’à ne pas trouver assez de sagesse dans les conciles. Venez à mon sermon, lui dit-il, je vous apprendrai ce que vous ignorez. Le peuple ne manquera pas de m’applaudir, et vous serez contraint vous-même de vous rendre, à moins que vous ne voulussiez passer pour une bête. Il ne faut que du babil pour imposer à son auditoire ; moins il comprend les choses, plus il les admire. C’est S. Jérôme qui nous a conservé cette petite anecdote, et l’Homélie d’Hippolyte la vérifie assez bien. S. Cyprien,
pour revenir à l’Apocalypse, n’est pas aussi précis que S.
Hippolyte, quoiqu’il la cite souvent, surtout dans ses livres à
Quirinus, qui ne sont que des extraits de l’Écriture et
où il fait entrer Tobie, l’Ecclésiastique, la
Sagesse, la Prophétie de Baruch, les Machabées comme des livres
divins sans mettre aucune différence entre eux et l’Apocalypse.
S’il la cite c’est toujours sans nom d’auteur, mais en échange il
nous apprend que l’Ecclésiastique et la Sagesse sont bien de
Salomon. Il est vrai que dans son traité de l’habit des vierges il
rapporte un endroit de l’Apocalypse sous le nom d’Écriture divine :
mais quelques lignes plus haut il venait de dire l’Écriture divine a
dit, que nous a servi l’orgueil ou qu’avons-nous profité de la vaine
gloire des richesses ? Paroles du livre apocryphe de la Sagesse dans
lequel le Saint Esprit, dit-il ailleurs, nous enseigne par la bouche
de Salomon. Tant il est vrai qu’il n’y avait point alors parmi les
chrétiens de canon fixe des Écritures. Dans son exhortation au
martyre après avoir remarqué le nombre mystérieux de sept, les sept
jours de la création, les sept mille ans de la durée du monde, les
sept esprits qui sont devant Dieu, les sept lampes du Tabernacle,
les sept chandeliers de l’Apocalypse, les sept colonnes de la
sagesse, les sept enfants de la femme stérile, les sept femmes qui
prennent un seul homme pour mari, et tout cela pour venir aux sept
frères Machabées, il ajoute que S. Paul a fait mention du nombre de
sept comme d’un nombre privilégié, et que c’est la raison pour
laquelle il n’a écrit qu’à sept Églises. Apparemment que Cyprien
l’avait appris dans quelque livre apocryphe de cet Apôtre, ou bien
par une révélation particulière, car il avait souvent pendant la
nuit, à ce qu’il dit lui-même [28],
des visions et des songes qu’il récitait le lendemain à son Église
comme des avertissements du ciel, et au défaut de ces visions
nocturnes, il faisait venir des petits enfants qui dans leurs
extases l’instruisaient de la vérité. Tel fut le fruit d’un commerce
trop fréquent avec les écrits de Tertullien, dans lesquels il
s’était jeté sans être muni de bons préservatifs contre
l’imagination la plus contagieuse qui ait jamais été.
Voilà les Pères du premier rang et pour ainsi dire
les gardes du corps de la tradition en faveur de l’Apocalypse. Je ne
pense pas en avoir omis aucun dans cet intervalle de temps qui s’est
écoulé depuis Justin jusqu’au milieu du troisième siècle.
L’exactitude était d’autant plus nécessaire en ce point que ceux qui
sont venus plus tard ne produisent pas d’aussi bonnes lettres de
créance que les anciens plus voisins du temps de S. Jean, et parmi
ceux-ci, les uns, comme on aura pu le remarquer, allèguent
l’Apocalypse sans nom d’auteur, et d’autres, sans nous dire si elle
est de S. Jean l’Apôtre ou de Jean le prêtre. Enfin la plupart,
qui sont Justin Martyr, Irénée, Tertullien, Origène et Hippolyte la
citent comme un ouvrage de l’Apôtre S. Jean. Mais avant que d’aller
plus loin il est juste d’interroger aussi leurs contemporains.
On a déjà vu les hérétiques partagés en deux
factions. On verra la même division régner parmi les défenseurs de
la vérité.
Et pour remonter même au delà de S. Justin,
premièrement on n’aperçoit aucune trace de l’Apocalypse dans les
sept Épîtres de S. Ignace dont il y en a trois qui sont adressées
aux Églises d’Éphèse, de Philadelphie et de Smyrne, les mêmes
auxquelles écrit S. Jean dans son Apocalypse. Ignace relève beaucoup
les Éphésiens sur ce qu’ils avaient été instruits par S. Paul :
pourquoi ne leur faire pas honneur du long séjour de S. Jean à
Éphèse, des soins qu’il avait pris d’eux, des écrits qu’il leur
avait laissés en dépôt, de son Apocalypse, qu’à leur prière il avait
écrite, pour mettre, dit-on, la dernière main au Nouveau Testament.
La mémoire en devait être toute récente, puisqu’Ignace écrivait ses
lettres l’an 107 de Jésus Christ, ce silence est assez remarquable
surtout dans un disciple de S. Jean ; il en pourrait naître quelques
soupçons contre la vérité de ces faits qui nous viennent d’une
source moins pure et bien plus suspecte.
Papias touchait presqu’au temps de S. Jean, il ne
parlait pas non plus de l’Apocalypse. Eusèbe marque les livres
du Nouveau Testament auxquels Papias rendait témoignage.
L’Apocalypse n’y parait point. Et ailleurs lorsque cet Historien
parcourt les témoins de l’Apocalypse, il omet Papias dont pourtant
il avait lu les écrits. Il remarque [29]
même que ce Docteur enseignait le règne de mille
ans, et qu’il ne l’appuyait que sur une tradition non écrite. Un
chrétien chiliaste ne pas citer l’Apocalypse, dans le même livre où
il veut établir son opinion, cela est un peu singulier. Mais
venons à quelque chose de plus positif. Plusieurs
Docteurs qui ont vécu avant S. Denys d’Alexandrie, à ce qu’il assure
lui-même dans un long fragment qu’Eusèbe [30]
nous a conservé, ont fait des critiques particulières sur
l’Apocalypse, et ces docteurs devaient être fort anciens ; puisque
S. Denys qui les avait lus et qui les allègue, écrivait déjà vers le
milieu du troisième siècle : Non seulement ils
rejettaient aussi toute l’Apocalypse, ils en réfutaient entièrement
les chapitres pied à pied, comme étant un ouvrage, disaient-ils,
destitué de sens et de raison. En second lieu ils soutenaient que
l’inscription de ce livre est fausse, qu’il n’a point été composé
par S. Jean, ni même par aucun homme Apostolique, ils ajoutaient que
Cérinthe en était l’auteur, et qu’il s’était servi d’un grand nom
pour donner plus de poids à ses rêveries et pour mieux insinuer son
opinion touchant le règne de mille ans. Enfin ils tiraient leurs
difficultés de la nature de la révélation qui doit être claire et
intelligible, puisqu’elle n’est faite qu’à ce dessein. D’où ils
concluaient qu’un livre tel que l’Apocalypse couvert d’un voile si
épais de ténèbres et d’obscurité ne saurait être une vraie
révélation émanée de l’Esprit de Dieu. On voit que
ces anciens dont les écrits se sont perdus entraient dans un assez
grand détail, et que toute leur critique se réduisait à deux sortes
de remarques. Les unes tirées de la simple raison et de la nature
même des choses ; les autres plus étrangères qui regardaient les
faits et les autorités. On ne doit pas
avoir beaucoup de regrets à la perte de ces premières, on est
toujours en état de les réparer avec le secours de cette raison
universelle qui est de tous les lieux et de tous les temps.
Chacun peut lire l’Apocalypse, juger de l’ouvrage
même, voir s’il est aussi obscur, aussi impénétrable, aussi destitué
de sens et de raison que le prétendent ces auteurs. La
connaissance des faits qu’ils avaient entre les mains serait plus
nécessaire aujourd’hui et nous délivrerait de l’incertitude où nous
jette le défaut de monuments. Cette partie de leur critique qui
s’attachait à prouver que l’Apocalypse est de Cérinthe, et non pas
de S. Jean suppléerait en quelque sorte au profond silence qui règne
dans l’histoire depuis S. Jean jusqu’à Justin premier témoin de
l’Apocalypse. Peut-être aussi qu’à travers de ce qu’ils disaient et
dans le propre fond de leurs objections nous trouverions de quoi
leur répondre et nous satisfaire en même temps. Ce ne serait pas la
première fois que la vérité se serait défendue avec les mêmes armes
destinées à la combattre. Il n’est pas jusque chez l’Empereur Julien,
et dans le fort même de ses attaques, d’où elle n’emprunte du
secours. A ces Docteurs
qui étaient grecs il faut joindre un auteur latin qui était en règne
vers l’an 200 de Jésus Christ [31].
C’est le Prêtre Caïus, l’oracle de l’Église Romaine et le bouclier
qu’elle opposait aux hérétiques de ce temps-là. Dans une dispute
qu’il avait avec les Chiliastes il parle ainsi : Cérinthe alléguant
certaines révélations comme écrites par un grand Apôtre, débite des
prodiges qu’il a feints comme lui ayant été découverts par les
Anges ; il assure qu’après la résurrection il y aura un règne de
Jésus Christ sur la terre et que les hommes jouiront des plaisirs du
corps dans Jérusalem : il ajoute qu’ils passeront mille ans dans des
fêtes nuptiales, etc.
Il n’y a pas de doute que par ces révélations
supposées à un grand Apôtre, comme s’il les eût reçues des Anges,
Caïus ne désigne l’Apocalypse qu’il croit être de Cérinthe et non de
S. Jean. Il est en effet parlé dans ce livre de prodiges et de
visions surprenantes, étalés par des Anges aux yeux de S. Jean. Il y
est parlé d’une première résurrection, d’un règne de mille ans qui
la devait suivre, d’une nouvelle Jérusalem et des noces de l’agneau
où les hommes doivent être invités, etc. Toutes choses que les
Chiliastes expliquaient d’une félicité temporelle, et qu’ils
appuyaient particulièrement sur l’Apocalypse de S. Jean, mais que
Caïus rejette ici sans distinction comme des chimères débitées par
Cérinthe sous le nom d’un grand Apôtre. Il faut donc avouer de bonne foi que Caïus avait en vue l’Apocalypse ; et c’est ainsi que l’entend Eusèbe qui avait lu l’ouvrage même de ce Docteur ; car après en avoir cité les paroles qu’on vient de rapporter, il y joint immédiatement un autre passage de Denys d’Alexandrie qui allègue une ancienne tradition laissée à l’Église, que Cérinthe s’était servi de l’Apocalypse de S. Jean comme d’un grand nom pour donner plus de crédit à ses rêveries. Et je n’aurais pas insisté sur une chose qui me paraît plus claire que le jour, si M. Dupin n’eût affecté d’y jeter quelque doute sans nécessité, comme pour insinuer que Caïus entendait peut-être une fausse révélation différente de l’Apocalypse. Véritablement il est assez étrange que l’Église de Rome qui se dit la seule colonne de la vérité remit alors ses intérêts à un homme qui parlait si mal d’un livre divin, sans être désavoué par le Pape ni par aucune assemblée Ecclésiastique. Tout le monde ne sait peut-être pas quel homme c’était que ce Caïus : il ne sera pas inutile de le faire un peu mieux connaître. L’Église s’était remplie de faussaires qui contrefaisaient le style des Apôtres : les uns, comme les hérétiques, à dessein de glisser plus aisément leurs erreurs, et les autres sous de pieux prétextes que des fables dévotes, débitées à bonne intention, attiraient plus de vénération au christianisme. On ne voyait paraître que faux Évangiles, faux actes, fausses Épîtres, fausses Apocalypses, que la fraude produisait sur la scène et qu’elle tâchait d’animer de l’esprit de l’antiquité, jusqu’à faire illusion aux plus sages et aux plus savants. Notre Caïus ne voulait pas augmenter le nombre des dupes ; et comme ces habiles spectateurs de l’opéra, qui ne s’arrêtent point aux décorations du Théâtre, il allait derrière examiner les cordages et les ressorts que l’imposture faisait jouer. Mais soit que l’expérience l’eût rendu trop défiant, ce que nous apprenons d’Eusèbe, soit qu’il lui arrivât quelquefois de raisonner par intérêts de parti, ce qui a sa source dans le cœur humain, il était devenu très importun dans la dispute ; à force de nier les principes il dépaysait ses adversaires ; et sans user de ménagements, ni de distinctions, il faisait main basse sur tout ce qui l’incommodait. Il n’est guère d’anciens qui n’ait grossi le Canon de quelque pièce apocryphe, celui-ci le diminuait tant qu’il pouvait. A la bonne heure s’il n’eût fait que l’épurer ; mais avec l’ivraie il arrachait aussi le bon grain. Disputant un jour en présence du Pape Zéphirin contre les Montanistes qui lui objectaient un passage de l’Épître aux Hébreux, il osa bien soutenir qu’elle n’était ni de S. Paul ni Canonique ; et il le prit si haut que non seulement il confondit ces bonnes gens qui ne s’y attendaient pas, il vint même à bout de donner le ton aux Églises d’Occident qui ne voulurent point la recevoir. Est-ce donc là cette tradition si vantée aujourd’hui et dont les Pères auraient été les fidèles dépositaires ? les uns qui supposaient de fausses traditions aux Apôtres, et les autres qui les dépouillaient de leurs propres écrits. Il est étrange que pour combattre avec plus d’avantage, Caïus se jetât dans une telle extrêmité que d’exclure l’Apocalypse du nombre des livres sacrés. Il n’avait qu’à donner un sens spirituel au règne de mille ans : dire comme S. Cassien que Jérusalem peut s’entendre en quatre manières. Selon l’histoire pour la ville des Juifs, selon l’allégorie pour l’Église de Jésus Christ, selon l’analogie pour la cité céleste, et selon la tropologie pour l’âme de l’homme. C’étaient là de fortes batteries contre la Jérusalem que les Chiliastes attendaient, et d’autant plus fortes qu’une allégorie passablement conduite ou quelque comparaison placée un peu à propos, faisait alors plus d’impression que les preuves les plus concluantes de la logique. Après tout, il n’y avait qu’à se retrancher sur l’obscurité du livre, et c’est le parti que va prendre S. Denys d’Alexandrie. Ce n’est pas qu’il n’eût quelque penchant à rejeter l’Apocalypse, il était fort opposé au règne de mille ans, et dans son ouvrage qu’il avait intitulé des Promesses, il répondait aux objections de Népos le chef des Chiliastes d’Égypte. L’Apocalypse l’embarrassait un peu, mais il n’était pas si hardi que Caïus : il ne veut pourtant pas que les Chiliastes ignorent que c’était un livre fort contesté : Quelques-uns de mes prédécesseurs, dit-il [32], l’ont rejeté entièrement et l’ont réfuté chapitre par chapitre, faisant voir qu’il était destitué de sens et de raison, que l’inscription en était fausse et qu’il n’a point été composé par S. Jean ...... mais par Cérinthe qui voulait employer un grand nom pour donner plus de poids à ses rêveries ...... et autres motifs que nous avons allégués ci-dessus. Après avoir débuté de cette manière et pour ainsi dire lâché ses enfants perdus, comme pour ralentir le premier choc des Chiliastes qui le pressaient, et qui faisaient de l’Apocalypse une puissante arme offensive, il vient à ce qu’il en pense lui-même ou du moins à ce qu’il fait semblant d’en penser : Pour moi, ajoute-t-il, je n’oserais rejeter entièrement ce livre, surtout parce que plusieurs de mes amis le reçoivent. Je le regarde comme étant au-dessus de ma portée. Je crois qu’il renferme un sens admirable, mais un sens mystérieux et caché : car quoique je n’y entende rien, je soupçonne pourtant qu’il y a quelque sens sous ces paroles, et donnant plus à la foi qu’à mon propre jugement, je les estime trop sublimes pour être entendues par un homme comme moi. Aussi je n’ai garde de condamner ce que je n’entends point, mais j’admire ce que je ne saurais comprendre. Je ne sais ce que les autres penseront des réflexions de S. Denys, pour moi j’y trouve plus de docilité que de lumière, plus de complaisance que de véritable persuasion. Il commence par mettre en problème l’autorité de l’Apocalypse, il étale les objections de ses prédécesseurs, et ce qu’il y a de pis, il ne se met point en peine d’y répondre. Après de tels préliminaires, qui ne paraissent pas hasardés sans raison, il ne lui restait plus qu’à rejeter ouvertement l’Apocalypse, mais une raison de bienséance le retient : plusieurs de ses amis respectaient ce livre et il ne voulait pas les désobliger. La politesse de ce Docteur passait la simplicité de son temps, et quoique l’opinion des Chiliastes lui parût dangereuse, il ne laisse pas de traiter Népos avec de grands égards : il l’estime, il l’honore, et rien n’est plus flatteur que les éloges qu’il lui donne. Un homme qui en usait si bien avec ses adversaires, que n’aurait-il pas fait pour ses amis ? Pour moi, dit-il, je n’oserais rejeter entièrement ce livre, surtout parce que plusieurs de mes amis le reçoivent. Ce n’est pas qu’il l’admette tout à fait, il n’ose le rejeter entièrement. Non qu’à force de la méditer il soit venu à bout d’en connaître les beautés ; il avoue de bonne foi qu’il n’y entend rien. Il croit que le sens en est admirable, mais un sens mystérieux et caché. Il donne plus à la foi qu’à son jugement. C’est-à-dire à la foi de ses amis ; car la sienne n’était pas la foi que l’Écriture définit une vive représentation des choses qu’on espère et une démonstration des choses qu’on ne voit point. La foi de S. Denys n’était qu’un simple soupçon. Je soupçonne pourtant qu’il y a quelque sens sous ces paroles : mais je les estime trop sublimes pour être entendues par un homme comme moi. Il est vrai que ce soupçon allait jusqu’à produire l’admiration, mais une admiration proportionnée à ses lumières. J’admire ce que je ne saurais comprendre. Ceci est encore pour ses amis, et demander à ce Docteur comment on peut admirer ce qu’on entend point, ce serait manquer de discrétion pour un homme qui poussait la complaisance si loin. Il vous
répondra un peu plus nettement si vous l’interrogez sur l’auteur de
l’Apocalypse, et quoiqu’il ne fût pas d’une humeur fort contrariante,
je n’accorderai pas facilement, dit-il ensuite, que ce livre soit
l’ouvrage de S. Jean. Il tâche même de nous prouver le contraire par
une espèce d’opposition qu’il met entre les écrits de cet Apôtre et
l’Apocalypse qu’il attribue à un autre Jean ; mais de peur que ses
amis ne vinssent à trouver mauvais qu’il affaiblît ainsi l’autorité
de ce livre, je crois pourtant, ajoute-t-il, que ce Jean était un
homme inspiré du Saint Esprit. Il remarque qu’outre l’Évangéliste il
y a eu plusieurs personnes de ce même nom ; entre autres Jean
surnommé Marc dont il est parlé dans les Actes. Il n’entend pourtant
pas celui-ci, mais un autre qui a demeuré en Asie, et aussi bien que
l’Apôtre, tous deux ensevelis à Éphèse, où l’on voyait, dit-on, leur
tombeau. Et voici les raisons qu’il allègue pour
montrer que l’Apocalypse n’est pas de l’Apôtre. 1º Celui-ci ne met
jamais son nom à ses livres et parle toujours de soi en tierce
personne et se nomme deux ou trois fois. 2º L’Évangile et les
lettres parlent de la même manière. On y trouve les mêmes pensées
répétées presque dans les mêmes termes ; enfin c’est le même style
et le même génie. Mais l’Apocalypse est toute différente et n’a pas
même une syllable de commune. 3º L’Apôtre ne parle point de son
Apocalypse dans ses lettres. 4º Elle est pleine de solécismes et
d’expressions barbares, au lieu que les ouvrages de S. Jean sont
beaucoup mieux écrits en grec. Telle est en peu de mots la critique
de S. Denys fort louée par Eusèbe et par S. Jérôme. Il y aurait
beaucoup de choses à dire là-dessus si l’on entreprenait de faire
une dissertation. Que Jean l’Évangéliste fût un homme inspiré de
Dieu, tout le monde en convient : mais que l’autre Jean le fût aussi,
d’où est-ce que S. Denys le savait ? Est-ce par ses miracles ?
Personne n’en a parlé. Est-ce par le livre même de l’Apocalypse ? S.
Denys ne l’entendait point. On ne saurait
nier que le style de l’Évangile et des lettres de S. Jean ne soit
plus pur que celui de l’Apocalypse : cependant on y trouve
quelquefois les mêmes expressions. Il est dit dans l’Évangile au
Chap. XIX. vers 35 : Celui qui l’a vu a témoigné ; et au Chap. XXI.
vers 24 : C’est ce disciple qui rend témoignage de ces choses, etc.
Et dans la Première Épître, Chap. I. vers 1 et 2 : Ce que nous avons
entendu, ce que nous avons vu de nos propres yeux, etc., nous le
témoignons. La même manière de certifier se trouve au commencement
de l’Apocalypse : Jean son serviteur qui a témoigné de la parole de
Dieu, du témoignage de Jésus Christ et de toutes les choses qu’il a
vues. Ce qui contient encore une allusion à la parole qui est
décrite dans le premier chapitre de l’Évangile selon S. Jean. Et non
seulement l’Apocalypse donne le nom de parole à Jésus Christ, elle
l’appelle aussi l’agneau qui nous a aimés et qui nous a lavés de nos
péchés par son sang. Termes particuliers à S. Jean qui se trouvent
au commencement de l’Apocalypse. Si l’auteur de l’Apocalypse n’est
pas S. Jean, du moins il a bien voulu qu’on le prît pour lui. Dès
lors quelle opinion aura-t-on de sa sincérité, et comment Denys
pouvait-il croire que c’était un homme inspiré de Dieu ? Le
téméraire Caïus qui le prenait pour un fourbe se soutenait beaucoup
mieux. Aussi agissait-il plus rondement que S. Denys que je
soupçonne fort de parler ici par économie ; méthode dont S. Jérôme
faisait honneur aux anciens. Je n’en doute même presque plus sur le
rapport d’un de ses successeurs au Patriarchat d’Alexandrie, qui
s’exprime en ces termes : Saint Denys ne disait pas franchement ce
qu’il croyait, c’est S. Athanase qui parle [33]
, il s’accomodait au temps et aux personnes, semblable à un habile
jardinier qui coupe, taille, plante, arrache, selon la qualité des
arbres et du terroir ; et cette différente conduite qui marque
l’adresse, le rend digne d’admiration. Il écrivait par économie,
continue S. Athanase, et ce qu’on écrit ainsi ne doit pas être pris
à la lettre, ni comme chacun le voudrait. Après cela je
crois qu’il serait inutile de disputer davantage avec un homme qui
ne disait pas ce qu’il pensait. Il vaut mieux tirer de ses paroles
une conséquence qui ait plus de rapport à notre sujet.
Il n’ose rejeter l’Apocalypse surtout parce que
plusieurs de ses amis la reçoivent ; si plusieurs la recevaient de
son temps, cela veut dire aussi que plusieurs la rejetaient. Le
jugement favorable des uns ne prouve pas qu’elle fût alors dans le
Canon, puisque les Pères qui la citent, ont cité comme des livres
divins quantité de pièces certainement Apocryphes. Mais de ce que
les autres la rejetaient, non en secret, mais à la face des Églises
et sans passer pour hérétiques, il s’ensuit qu’elle n’était pas
encore dans le Canon. Et ce qui le
fait voir d’une manière plus positive c’est le recueil intitulé
Canons Apostoliques, non que les Apôtres en aient été les auteurs,
mais parce que ce code de l’ancienne Église a été composé par des
hommes apostoliques. Aussi l’appelait-on autrefois Canons Anciens,
Canons des Pères, Canons Ecclésiastiques, titres qu’ils portent dans
plusieurs manuscrits, comme M. Cotelier l’a remarqué ; non seulement
Justinien les loue dans la sixième nouvelle, mais ils sont encore
cités dans le code Théodosien, dans le synode de Constantinople de
l’an 394 et même jusqu’à six ou sept fois dans le premier concile de
Nicée. Il sont pour le plus tard du troisième siècle, comme l’ont
prouvé Messieurs de l’Aubespine, Beveregius Docteur anglais, et
depuis peu M. Dupin, qui croient avec raison que c’était un recueil
des Canons de plusieurs conciles tenus avant celui de Nicée. On
trouve donc dans le quatre-vingt-cinquième articles de ce recueil,
le catalogue des livres de l’Ancien et du Nouveau Testament.
L’Apocalypse n’y parait point ; et ce n’est pas ici la voix d’un
simple particulier, c’est en quelque manière toute l’Église qui
approuve.
Il y a même cette différence entre les Pères qui ont
admis l’Apocalypse, et ceux qui lui ont donné l’exclusion : les
premiers se contentaient de la citer, sans nous dire d’où ils la
tenaient ni comment elle était venue des mains de S. Jean jusqu’à
eux. S’ils paraissaient ne se douter de rien, la possession leur
tenait lieu de titre ; et cette bonne foi serait un préjugé
favorable si elle n’allait pas jusqu’à donner asile à des écrits
supposés. Les autres plus défiants examinent, descendent dans le
détail de la critique, déterrent les monuments, confrontent les
écritures, et s’ils ont été assez malheureux pour s’écarter de la
vérité, il faut leur tenir compte des peines qu’ils ont prises pour
ne pas se laisser tromper. Ce qui affaiblit un peu leur autorité, c’est qu’en même temps ils disputaient contre le règne de mille ans, et comme cette question devait naturellement se décider par l’Apocalypse, peut-être qu’ils n’ont récusé ce tribunal que parce qu’ils le croyaient trop favorable aux Chiliastes, car de quoi n’est pas capable l’esprit de parti ? L’histoire de l’Église n’en fournit que trop d’exemples, et sans aller plus loin n’avons-nous pas vu Caïus rejeter l’Épître aux Hébreux sous le prétexte qu’elle enseignait le dogme rigide des Montanistes ? Il ne faut pourtant pas pousser fort loin cette réflexion, de peur qu’elle ne vienne à rejaillir contre les partisans de l’Apocalypse, Chiliastes eux-mêmes, et par conséquent intéressés à citer avec éloge un livre qui appuyait leur dogme favori, le fondement de leurs plus belles espérances. En conclusion quand on fait masse de tous ceux qui ont considéré le livre comme apocryphe et non fondé, on peut mettre en doute l’intérêt que le livre de l’Apocalypse mérite. Et pour ce qui est de fonder ses espérances sur les élucubrations de l’ouvrage on ne peut que se montrer dupe de tous ceux qui voudront en faire le guide de leur vie. [1] Hist. de l’Église. Livre VIII. Chap. 5. [2] Hist. Eccles. Liv. III. Chap. 3. [3] Liv. II. Chap. 24. [4] De Vit. ill. Chap. 2. [5] Chap. XLV, XLVI. [6] Eusèbe, Hist. Liv. III. Chap. 28. Liv. VII. Chap. 25. [7] Tertul. contra Marc. Lib. IV ; Epiphan. hœres. [8] Epiphan. hœres 30. [9] Admonitio ad Græcos. [10] Justin, ibid. [11] Justin, Apol. 2da. [12] Liv. IV. Chap. 37. Et alibi. [13] Ireneus. Lib. IV. Cap. 3. [14] Lib. III. Cap. 2. [15] Euseb. in chron. [16] Apud Euseb. Lib III. Cap. 39. [17] Lib. IV. Hist. Cap. 26. [18] L. V. C. 13. de son hist. Ecclésiast. [19] L. IV. C. 24. [20] Hist. Critiq. du N.T. Chap. III. [21] Epist. ad .. [22] Ad Autolicum Lib. [23] Pœdag. L. II. C. 10. [24] Electa. 9. 41. [25] L. de Anima. [26] Lib. III. Cont. Marcion. [27] Prolegom. sur la Bible. Lib. VI. Cap. 6. [28] Epist. ad presb. XV. de l’édition de Fell. [29] Euseb. Hist. L. III. C. 39. [30] Apud Euseb. L. VII. C. 25. [31] Apud. Euseb. Lib. III. Cap. 28 [32] Apud. Euseb. Hist. Lib. VII. C. 21. [33] Athanas. de fide Dyonisi. Alexand.
Friedrich Bleek
"The same Abauzit wrote another treatise which belongs to this place (Essai
sur l'Apocalypse, 1730), in which he tries to show that the book was
written under Nero, and is in its prophecy only a development of the
sayings of Christ about the fall of Jerusalem; that all refers to the
destruction of this Jewish capital and the Roman-Jewish war (ch. xxi.
and xxii.); to the more extensive spread of the Christian Church after
that catastrophe. Further, Johann Christoph Harenberg's (Professor at Brunswick, died 1774) Erklarung der Offenbarung Johannis: Es entwickelt sich zugleich die Frage, wo wir jetzt in der Zeit der Anzeigen solcher Offenbarung leben; Braunschw. 1759, 4), which refers all to Jerusalem as far as ch. xviii., understanding Babylon as that city; but the following chapters he refers to the development of the Christian Church till the last day. " (pp. 56-57)
A. Chalmers (1812)
Lempriere's Universal Biography |